edito large

Tous les éditos, souvent inspirés par une actualité qu'ils mettent en rapport avec le naturisme, sont publiés de façon irrégulière et n'engagent que leur auteur.


Disparition du topless sur les plages: un regain de pudeur? 

En plein été 2019, vers le 25 juillet, la presse généraliste a abondamment relayé les résultats d’un sondage* concernant, entre autres choses, la pratique des seins-nus à la plage et s'attardant sur les raisons émises par les pratiquantes et par les abstentionnistes.

Les deux arguments les plus cités pour justifier l’abandon du topless, après la peur d'attraper un cancer du sein (voir la réponse en fin d'article), sont la crainte des regards concupiscents et celle du jugement des autres. 
Par ailleurs, certains commentaires font état de la peur de retrouver sa photo topless partagée à son insu sur les réseaux sociaux, phénomène récent s'il en est.

Comme par hasard, ces mêmes raisons sont souvent évoquées comme autant d'obstacles à la pratique du naturisme. 

C'est pourquoi, en tant que naturiste, nous avons décidé de nous intéresser aux résultats de ce sondage, dans sa partie consacrée au topless.
Le but de cet édito est donc d'essayer de comprendre les raisons invoquées, et de vérifier si ce sont les vraies raisons.

* Étude Ifop pour VieHealthy.com réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 15 avril 2019 auprès d’un échantillon de 5 026 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus résidant en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni (aucune Belge, donc, mais 1.000 Françaises)

https://viehealthy.com/pudeur-francaises-enquete-ifop/

tardivement publié le 15 avril 2020

résultats enquête 2019

Ceux d’entre nous qui ne fréquentent pas que les lieux naturistes l’ont remarqué : la pratique du topless est en baisse depuis de nombreuses années, ce que confirme ledit sondage : en 2019, on ne compte plus que 27% d'Européennes pratiquantes (22% des Françaises), tous âges confondus (et seulement 19% chez les Françaises de moins de 50 ans). Les Européennes les plus pratiquantes sont les 50-59 ans (33%) et  les 40-49 ans (30%) ; les moins pratiquantes sont les moins de 30 ans (20%).

NB: parmi les répondantes françaises, 6% pratiquent le naturisme (1% dans le Grand-Est, 3% en Ile de France et 21% en région PACA); elles étaient 13% en 2009 ; 23% des répondants seraient favorables à une loi interdisant le monokini sur les plages (par comparaison: 73% favorables à une loi interdisant le burkini).

La pratique du topless a pourtant eu son heure de gloire : "Les pratiquantes françaises étaient 29% il y a seulement trois ans, et deux fois plus qu'aujourd'hui (43%) en 1984.», précise François Kraus, le directeur de l’étude actuelle.

Reconnaissons toutefois que le phénomène ne se limite pas à la plage : les seins nus ont disparu des médias, de la pub, de la vie courante. On n'imaginerait pas, aujourd'hui, un générique d'émission tel que celui diffusé à la fin de l'émission de Gym Tonic (programmée en pleine journée de septembre 1982 à juin 1986, autant dire à l'époque du pic de la pratique des seins nus sur les plages, ceci expliquant sans doute cela...) !

 

Que s'est-il passé ?

monokini 1965 2000 c.jpg

Le monokini a vu le jour dans les années ’60 et s’est démocratisé dans les années qui ont suivi, avec un pic de pratique autour des années ’80-'90. La pratique n’a jamais été de 100%, mais -en tout cas sous nos latitudes- elle a certainement été majoritaire à un moment donné, c’est du moins notre impression.
Tout au long de la montée en puissance du topless, on a constaté que non seulement le haut avait disparu mais également que la surface couverte par le bas avait rétréci.
Dans un premier temps, c’est la hauteur du monokini qui a diminué : alors qu'il cachait encore le nombril à ses débuts, et couvrait largement les hanches, on en est progressivement arrivé aux deux triangles retenus, sur les côtés, par un simple cordon élastique.
Ne pouvant plus décemment réduire la hauteur, c’est sur la largeur que les créateurs de lingerie balnéaire se sont ensuite concentrés. Et comme il était difficile de rétrécir encore l’avant -on ne pouvait quand même pas dévoiler indéfiniment le pubis, aussi épilé soit-il...-, les efforts se sont concentrés sur l’arrière : on est donc passé de modèles relativement emboîtants à des modèles de forme "tanga", c'est à dire découvrant plus ou moins largement l’extérieur des fesses.
Et si, pour les plus audacieuses, le string pouvait faire le reste du boulot, son succès est resté relativement confidentiel et il n'a jamais conquis la majorité des monokinistes.
Si bien que, en grande majorité, les fesses sont grosso-modo restées préservées des regards.

Un retour de balancier a suivi, comme souvent dans la mode : les femmes ont remis le haut, même en gardant des bas rikikis. Et progressivement, la surface recouverte par ces bikinis est repartie à la hausse. On se souvient des modèles présentés dans les boutiques dans les années 2000-2010, aux deux pièces de nouveau très couvrantes, et dont la culotte remontait parfois plus haut que le nombril.
Dans la foulée, le maillot une-pièce, quasiment tombé en désuétude, a reconquis le cœur de nombreuses femmes.

bikini couvrant une-piece trikini.jpg

Nouveau retour de balancier, ces dernières années : le maillot une-pièce s’est progressivement allégé pour se transformer en trikini (ou triquini), mot dont on ne comprend pas trop le choix : il n’y a pas trois pièces mais une seule (ce qui fait que certains l'appellent, pour cette raison, monokini...).
Parallèlement, 
on a constaté un regain d'intérêt pour le bikini, celui-ci étant lui aussi, avec le temps qui passe, de moins en moins couvrant. La mode, c'est bien connu, est un éternel recommencement.

Pour autant, dans les 20 à 30 dernières années de cette période de yoyo, la pratique significative du monokini n'a fait que décliner.

Pourquoi tant de (bal)haine ?
(oui, j'ose ce jeu de mot douteux)

On l’a dit en introduisant cet édito : les femmes déclarent redouter, par-dessus tout, les regards critiques se posant sur leur poitrine, voire la diffusion de photos de celle-ci sur les réseaux sociaux. On pourrait traduire cela par de la «pudeur obligée» (que ce soit par décision personnelle ou par contrainte extérieure), par opposition à de la pudeur librement consentie ou choisie. Les femmes seraient donc victimes, une fois de plus, des possibles regards forcément masculins et forcément salaces, ou de leur appropriation ("tu es à moi, je décide pour toi") par leurs partenaires. 
Dès lors et si c'est le cas, peut-on en déduire que plus la surface du maillot, quel qu'il soit (et même de tout autre vêtement), est étendue, plus grande est l'aliénation, la prison mentale ?

Et puis, au fond, est-ce vraiment une question de "pudeur contrainte" ? 
Ces raisons avancées ne sont-elles pas des "fausses barbes" qui cacheraient autre chose ?

beachwear 2019.jpg

Ce que nous avons constaté pour notre part, au cours de cet été 2019, sur notre lieu de villégiature au bord d’un lac des Alpes de Haute-Provence, s’annonçait déjà les années précédentes : la fesse se dévoile de nouveau !

Toujours aussi peu de monokini, donc -sans que cette maigre pratique soit l’apanage d’une tranche d’âge particulière-, mais de nombreux popotins exposés sans complexe au soleil (et aux regards), comme le montrent les photos ci-dessus, prises lors de ce séjour.
Et ce n'était pas qu'au bord de l’eau ! Il nous a été donné plusieurs fois de constater que, en fin de journée, certaines de ces plus ou moins jeunes filles rejoignaient le parking, en haut du village, sans s’être rhabillées, ou alors parfois seulement d’un paréo assez transparent.

une pièce dos string 2020.jpg

D'autre part, au club nautique local où nous avons nos habitudes (et notre petit voilier), nous avons croisé plusieurs fois une jeune fille, âgée au grand maximum de 20 ans, qui se promenait en toute décontraction, ou qui préparait sa planche à voile au bord de l'eau, vêtue d'un maillot une-pièce fort sage sur le devant, peu échancré dans le haut du dos, mais dégageant complètement les hanches et les fesses, à la façon d'un string.

Tout ceci nous pousse à conclure que la quasi-disparition du topless n’a rien à voir avec un quelconque regain de pudeur mais plutôt avec un déplacement de l’objet de cette pudeur : il y a 20 ou 30 ans, le topless s’accompagnait de fesses cachées ; aujourd’hui, c’est l’inverse (enfin, pas tout à fait : l'exact inverse serait pas de bas de bikini du tout...). 

Comment se fait-ce ?
(oui, j’ose de nouveau un jeu de mot facile !)

Premier élément de réponse: "Aucune femme n'aime ses seins. Elles rêvent toutes qu'ils soient différents.", déclare la docteure Suzette Delaloge, cancérologue spécialiste des tumeurs du sein à l'institut Gustave-Roussy. 
Or, les seins ne sont pas musclés. Ils sont tels qu'ils sont et, pour celles qui ne sont pas (ou plus) à l'aise avec les leurs, seule la chirurgie esthétique pourra les remodeler. Sinon, il faut faire avec... 

Ceci peut expliquer pourquoi, dans des sociétés comme les nôtres où l'apparence a pris tant d'importance, tant de femmes rechignent à bronzer seins nus. Par peur du jugement, en somme...

fesses stars.jpg

Deuxième élément de réponse: ceux qui suivent les actualités « people » savent que, au cours de 10-15 dernières années, les postérieurs ont pris une place prépondérante dans le domaine de la mode, de la musique et de la télé-réalité, par exemple.
Au point qu’on ne connait aujourd’hui certaines "stars" que parce qu’elles ont un postérieur (très) rebondi.
Ces fesses-là sont devenues une sorte de standard, de symbole (ou de condition) de réussite, de saint graal pour celles qui n'en sont pas pourvues.

L'attention (des hommes et des femmes) s'est ainsi déplacée de la poitrine (glorifiée il y a quelques années, et sujette à de nombreux ravalements) au postérieur (sacralisé aujourd’hui). Comme si, de nos jours, c’était par les fesses, et plus par les seins, qu’on séduisait.
Centres de fitness et cours de gym sur internet l'ont bien compris, qui offrent (façon de parler) des exercices susceptibles de remodeler le postérieur.
De plus, cette obsession du fessier parfait nous est confirmée par le déplacement du champ d’action de la chirurgie esthétique : fini le relooking mammaire, vive le redesign fessier ! Celui-ci est en plein essor, pour la coquette somme de 5 à 8.000 € (voir par exemple ici ou ici).
Si bien que, après tant d'investissements (en exercices et/ou en chirurgie), le message peut être: "Réjouissez-vous si, à la plage, on apprécie votre postérieur et qu'on le prend en photo : c’est qu’il est admirable -et admiré- et qu’il mérite de figurer au panthéon des réseaux sociaux !"

La pudeur n’a donc pas envahi tout l'espace corporel : elle s’est juste déplacée…


Et, si on anticipe la suite du mouvement de balancier, on peut supposer (espérer!) qu’à la suite des fesses ce soit aussi le reste, tout le reste, qu’on remette en valeur, qu'on remette à l'honneur.
Q
u'enfin on cesse de réduire les gens à une partie de leur anatomie, et même à leur anatomie tout court : une personne, c'est plus beaucoup plus, bien plus, bien mieux que seulement un corps !
Alors, oublions ce corps-objet et intéressons-nous au corps-sujet !

Il n'en reste pas moins que ce déplacement constaté de la pudeur laisse plein d’espoir pour l’avenir du naturisme.
Et nous formons le voeux que nous soyons bientôt, enfin et de nouveau, comme à la fin des années '70, de plus en plus nombreux à partager une pratique à l’opposé de cette obsession du paraître.

Car nous sommes.
Point.

Nous-mêmes.
Nus, même.

Nous sommes nous-mêmes, même nus.

Surtout nus, en fait.

 

Post-scriptum à propos du risque plus élevé de contracter un cancer du sein si on bronze topless:

C'est une idée partagée et fausse.

« Il n'y a aucun lien. Zéro, certifie la docteure Suzette Delaloge, cancérologue spécialiste des tumeurs du sein à l'institut Gustave-Roussy. Pour l'instant on n'a identifié aucun agent physique qui provoquerait les cancers du sein. Ni les soutien-gorges, ni la compression, ni les chirurgies, ni le soleil. Le soleil peut donner des tumeurs de la peau mais pas des tumeurs profondes. En règle générale, il faut éviter de s'exposer, même avec une crème. Mais c'est valable pour tout le corps. Contre le cancer du sein, il faut surtout boire moins d'alcool, faire du sport et éviter d'être en surpoids. »

Bronzer seins nus n'est pas plus dangereux que le bronzage en général, facteur de risque de cancer de la peau. 

 

Édith O.
aka Benoit Collet, secrétaire de Natmur ASBL

 

Pour suivre:

- Un excellent article, à propos du même sondage, sur MarieClaire.fr : topless, les seins-nus à la plage, à compléter, sur le même site, par les maillots du scandale
- Un reportage de la télévision française, en juillet 1964, sur l'apparition des premiers monokinis à Saint Tropez
-
 Un micro-trottoir de la télévision française, en juillet 1964, récoltant des réactions à l'apparition de la pratique du monokini à La Baule
- Un reportage de la télévision française en 1970: "Pour ou contre le monokini"
- Un reportage "hier et aujourd'hui" de la télévision française, non daté, avec une réaction virulente d'un maire corse en 1973

- En Anglais et pour le fun : Do men look good in a string bikini? (1977) (étonnant d'appeler ce mini-maillot pour homme un bikini string, mais soit, on ne comprendra jamais tout à fait les Anglais)

 


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