Culture du harcèlement (voire du viol)

On parle beaucoup, ces dernières semaines, de scandales impliquant des personnalités politiques ou artistiques. Il ne s'agit pas cette fois de scandales financiers -on en a eu et on en aura encore notre lot-, mais bien d'affaires de moeurs.
Tel acteur, tel producteur, tel ministre se sont rendus coupables de harcèlement sexuel sinon de viol(s).

publié le 6 Novembre 2017

ne jugez pas

Tous les accusés sont des hommes, la plupart des victimes sont des femmes (mais il y a aussi des jeunes hommes parmi ces victimes).
Ce sont souvent, dans ces cas, des jeux de pouvoir: "Tu veux le rôle? Couche-toi-là!" et ça correspond à ce qu'on appelait, dans le temps, les "promotions canapés": "Tu veux de l'avancement? Couche-toi-là!"
C'est évidemment condamnable, détestable et, au-delà de ces comportements et de ces actes délictueux, c'est cette façon de penser les relations hommes-femmes qui devrait être condamnée et détestée!
Mais c'est aussi doublement scandaleux car on s'aperçoit qu'une sorte d'omerta entoure ces dérives. Nombreux sont en effet ceux -complices passifs- qui savaient mais n'ont rien dénoncé. Comme si, au fond, tout cela n'était pas si anormal que ça...
Il y a donc là un sérieux travail d'éducation à réaliser...

Mais il n'y a pas que des jeux de pouvoir... 

Il y a quelques mois déjà, les débats tournaient autour du thème de la supposée "provocation" qui suscite -et, pour certains, excuse voire justifie- le harcèlement. C'était, entre autres, suite à des débordements constatés en Allemagne, lors de fêtes de fin d'année (et dont on avait rapidement accusé les récents migrants). 
Dans la bouche de certains (de beaucoup?), qu'ils soient harceleurs ou spectateurs -fut-ce par média interposé-, le message était, au final, "Après tout, elle l'a bien cherché!": la robe était tellement courte, le décolleté tellement provocant, le pantalon tellement moulant, la taille du short tellement basse, le bikini tellement étréci, la coiffure ou les bijoux tellement aguichants, et que sais-je encore? Tous les prétextes, au fond, étaient bons pour assurer la défense des pauvres mâles "harcelés" par ces façons délurées de se présenter en public et qui ne pouvaient dès lors pas juguler leurs instincts ("Car c'est naturel pour un homme, Monsieur le Juge, de céder quand il est provoqué de la sorte. Il lui est impossible de résister! C'est la nature qui a voulu ça! On ne peut pas lutter là-contre!").

18671327 1388222954571971 404090594161641654 nBref, les victimes se retrouvaient, de facto, au banc des accusés.
Et c'est, de nouveau, la preuve qu'il y a là un sérieux travail d'éducation à réaliser...
Une photo a d'ailleurs été publiée à l'époque pour lutter contre cette vision réductrice des choses et je la reproduis ci-contre (faites un clic droit et sélectionnez "ouvrir dans un nouvel onglet" pour la voir en grand). 

De là à dire que, pour se prémunir de ce genre de problème, les femmes devraient ne se promener qu'en robe de bure (comme les moines d'antan) voire en burqa, il n'y a qu'un pas.
Un pas que certains franchissent allègrement, tel cet avocat égyptien qui déclare: "Etes-vous heureux de voir une fille marcher dans la rue avec des déchirures sur son jean au niveau des fesses et des cuisses? Je dis que quand une fille marche comme ça, c'est un devoir patriotique de la harceler sexuellement et un devoir national de la violerLes femmes doivent se respecter si elles veulent qu'on les respecte. Ma fille la première mériterait ce traitement si elle portait un jeans. La robe est une incitation au viol" (LaLibre.be, 4/11/2017).
Sa fille est donc privée tout autant de jeans que de robe... Je vous laisse deviner ce que son père lui laisse comme "choix" vestimentaire...


On peut se demander (et on l'avait déjà fait ici) ce que dirait cet avocat, ce que diraient ces harceleurs, ces violeurs, ces spectateurs des femmes naturistes!

Et on peut dès lors comprendre que des femmes, baignées dans ce climat anxiogène, hésitent à s'habiller comme elles le souhaiteraient, afin d'éviter tout problème.
Et on peut a fortiori comprendre que ces femmes -d'autant plus si elles sont seules- hésitent à pratiquer le naturisme estival ou à rejoindre une association naturiste telle que la nôtre. 
(Et ceci serait, naturellement, tout aussi compréhensible pour des hommes.)

Et pourtant, si elles savaient!
Et pourtant, si elles franchissaient le pas!

Elles s'apercevraient très vite combien leur nudité est bien plus respectée au sein de la communauté naturiste que leur tenue vestimentaire ne l'est parfois dans la société textile!
Elles ressentiraient tout aussi rapidement, parmi nous, un sentiment de sécurité et de sérénité qu'elles ne connaissent plus dans la vie de tous les jours!

"Les femmes qui se trouvent seules en des lieux naturistes savent qu'elles peuvent aller sur la plage sans que personne ne vienne les importuner. Il n'y a pas pire inégalité pour la femme que cette peur, cette méfiance obligée, ce risque de viol si important dans notre pays civilisé."

France Guillain, une célèbre auteure naturiste, dans son livre "Le Bonheur d'être nu" (1997)

Édith O.
aka Benoit Collet, secrétaire de Natmur ASBL