Pudeur et bienséance

La pudeur est définie, par le Larousse, comme une « Disposition à éprouver de la gêne devant ce qui peut blesser la décence, devant l'évocation de choses très personnelles et, en particulier, l'évocation de choses sexuelles ».
J’avoue ne guère me retrouver dans cette définition : il me semble intuitivement que, dans son acception courante, la pudeur tient plutôt au fait d’éviter l’exposition, fut-elle partielle, fut-elle furtive, fut-elle accidentelle, de son propre corps et/ou de ses pensées les plus intimes au regard d'autrui.

Aujourd’hui, le langage courant oppose d’ailleurs la pudeur d’une musulmane portant le voile intégral à l’impudeur des nudistes (voire même à celle des simples baigneurs en maillot ou des porteuses de vêtements peu couvrants).

Qu’en penser ?

publié le 24 avril 2018

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La pudeur est décidément une drôle d’affaire.
Nous ne parlerons ici que de son volet physique.

On sait que ce sentiment varie au fil du temps (les femmes bien éduquées du début du XXème siècle ne montraient pas leur genoux et ne sortaient pas « en cheveux ») et en fonction des lieux (la notion de pudeur au milieu du XXème siècle était très différente selon qu’on était Congolais(e) ou Belge). On sait aussi que les religions ont leur mot à dire dans ce que recouvre cette notion, dans ce qui est considéré comme « montrable » ou pas.
Ceci démontre bien que la pudeur est une notion fluctuante, sinon subjective.

Outre ce côté fluctuant à travers les âges, les religions ou les régions du globe, il y a des différences notables entre des personnes vivant au même endroit, au même moment et partageant les mêmes convictions : des naturistes chrétiens côtoient, en Belgique, des chrétiens qui, pour rien au monde, ne dévoilerait une partie « sensible » de leur anatomie.
Voilà qui complique encore un peu les choses...

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises !
Alors que mon épouse parlait avec une de ses collègues du naturisme que nous pratiquons, celle-ci lui a avoué ne jamais s’être mise nue devant son mari. Sauf pour les câlins (encore que je suppose que ceux-ci se pratiquent dans le noir le plus absolu). Cet aveu nous a d’autant plus surpris que cette dame porte très bien sa quarantaine et est par ailleurs très coquette. 

Est-elle pudique ? Prude ? Pudibonde ? Ou simplement décente par opposition à nous qui serions indécents ? Est-ce son éducation qui l’a amenée à cette forme extrême de retenue ?

Ce n’est sans doute pas si simple.
Une de mes collègues me parlait récemment de ses deux filles : la première, 12 ans aujourd’hui, n’est pas pressée de porter un soutien-gorge, même à la plage ; alors que la deuxième exige, depuis qu’elle a un an, de porter un haut de bikini. Toutes deux ont pourtant reçu la même éducation, plutôt libérée en l’occurrence puisque leurs parents pratiquent sans souci la nudité familiale, à la salle de bain par exemple. D’où vient donc, à la cadette, ce besoin de cacher des seins qu’elle n’a pourtant pas encore ?

Ce dernier exemple tendrait à démontrer que, en dehors de toute pression familiale, culturelle, sociale ou religieuse, la pudeur peut aussi avoir une dimension innée (par opposition à acquise).

Il est décidément difficile d'enlever à ce mot, pourtant utilisé couramment, le flou artistique qui l'entoure aussi sûrement que le sfumato des peintres de la Renaissance floutait fort habilement les « parties honteuses » des corps nus.

Conscients de tout celà, pouvons-nous dire que les naturistes sont (im)pudiques ?

Après ces réflexions, j'en viens à penser que la pudeur n’a rien à voir avec le fait de cacher son corps, en tout ou en partie. Autrement dit : il me semble qu'on peut être à la fois nu et pudique, tout comme on peut être habillé et fichtrement impudique.
Ceci nous renvoie à une deuxième définition que donne le Larousse de la pudeur : « Discrétion, retenue qui empêche de dire ou de faire quelque chose qui peut blesser la modestie, la délicatesse ».
On le voit : rien n’empêche dès lors un naturiste d’être pudique ! Simplement, cette pudeur ne sera pas celle du corps mais plutôt celle de l’esprit. On pourrait tout aussi bien l’appeler « bienveillance ».
C’est sans doute la raison pour laquelle, même chez les naturistes, on évitera par exemple des postures contraires à la bienséance.

Le naturisme n’est donc pas incompatible avec la pudeur, même si celle-ci se marque différemment.


Il n’est sans doute pas inutile de rappeler ici que, pratiquer le naturisme, ce n’est pas se montrer nu. C’est, simplement, accepter d’être vu nu. 

La nuance est subtile, mais importante ! 

Dans le premier cas, « être regardé » serait le but de la nudité.
Dans le deuxième, « être nu » est la conséquence, librement consentie, d’une démarche bien plus globale, et ô combien salvatrice !


Édith O.
aka Benoit Collet, secrétaire de Natmur ASBL

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PS:

Le Nouvel Obs a édité il y a quelques années un hors-série très fouillé sur le sujet. On en trouve des extraits ici.

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