S’afficher ou pas ?

Chez les naturistes, certains craignent plus que tout que leur pratique soit connue. D’autres se contrefichent que ça se sache. D’autres encore revendiquent haut et fort leur appartenance à ce mouvement.
Bien qu'il n'y ait aucun lien sur le fond, on peut certainement faire, à propos de la forme, un parallèle avec l'homosexualité (avec, dans ce dernier cas et selon les pays, des risques bien plus grands encourus par celles et ceux qui font leur coming-out).

Mais, pour ce qui est du naturisme sous nos latitudes, qu’en penser ?

publié le 13 janvier 2018

avenir

Nous connaissons tous des naturistes qui sont tellement fiers de l’être qu’ils le crient sur tous les toits. S’ils peuvent -aux yeux de certains- sembler exhibitionnistes (par cette façon d’exposer leur goût) sinon prosélytes, ils vivent en réalité cette pratique tellement naturellement qu’ils ne voient pas pourquoi s’en cacher. Ils n’ont pas plus honte de leur façon de vivre que de leur corps.
Du coup, ils sont prêts à se déshabiller n'importe où, n'importe quand et devant n’importe qui, connaissances ou inconnus.
Le gros avantage, pour le mouvement, c’est qu’ils sont en quelque sorte des missionnaires, des recruteurs. Heureusement qu’ils existent, même si leur expansivité peut en refroidir certains.

D’autres sont plus discrets.
Et, s’ils ne parlent pas spontanément de leurs activités naturistes à tout le monde, ils ne s’en cachent pas non plus. En général, ils réservent cette information à leurs proches : parents, fratrie, amis. Et, parfois, ils en parlent à certains collègues desquels ils sont plus proches.
Ils ne seraient sans doute pas prêts à se déshabiller le corps devant ces « témoins », mais ils ne voient aucune raison de ne pas déshabiller leur âme en révélant qu’ils ont passé leurs dernières vacances entièrement nus au milieu d’inconnus.
Ceux-ci sont également précieux pour le mouvement naturiste dans son ensemble. Leur attitude plus réservée, plus pudique en somme, peut donner envie à d’autres de tenter à leur tour des vacances en toute liberté.

212a560ea84ef1698381034a9f5ce2bf

Les derniers construisent et entretiennent, quant à eux, une paroi étanche entre leur vie de tous les jours et leur pratique naturiste.
Pas question, pour eux, que quiconque -en dehors des naturistes qu’ils fréquentent- sache qu’ils sont adeptes de la nudité intégrale. Ce qui peut, parfois, tourner à la paranoïa et entrainer une méfiance absolue envers toute possibilité de fuite éventuelle de toute information sur le sujet, fut-elle indirecte.
Il n’est pas rare de les entendre dire : « Les autres ne comprendraient pas » (il n’y a rien à comprendre, ni même à expliquer, et encore moins à justifier : être naturiste est un fait autant que ne pas l’être) ou encore : « Si ça se sait, je perdrai mes amis » (on pourrait se demander sur quoi se fonde une amitié qui tolère ainsi une base de mensonge, fut-ce par omission).
Ceux-ci donnent au fond l’impression de ne pas assumer leur pratique, voire de la vivre comme un péché ou une perversion, bref d’avoir honte de leur naturisme. Ils propagent ainsi, involontairement -et y compris en leur propre sein !-, l’idée que le naturisme, ce n’est quand même pas si naturel, si sain, etc. que ça…
Et, clairement, ce n’est pas sur eux que le mouvement naturiste peut compter pour assurer la relève.

de88d76a4c5abc773aa53167cf266c19 

Alors, s’afficher ou pas ?
En parler ou non ?
Le cacher à tout prix ou déculpabiliser ?

Il ne nous appartient évidemment pas de trancher. Chacun a ses raisons que la raison ignore. Et chacune de ces raisons -de se taire, de filtrer l’info ou de l’exposer- est, par principe, respectable.
Pour autant, il ne faudrait pas que ceux qui veillent au strict compartimentage de leur vie imposent leur loi et empêchent la publicité qui doit être faite pour assurer la pérennité du naturisme et de ses structures d’accueil.

D'autre part, qu'il nous soit permis de rappeler ici qu'il n'y a aucune raison d'être honteux d'être naturiste. Au contraire, diront même certains. Un naturiste n'est ni un animal rare -les naturistes se comptent par millions dans le monde !- ni un pervers -il est utile de rappeler ici que les faits de moeurs sont vraiment marginaux dans un environnement naturiste, et beaucoup, beaucoup, beaucoup moins fréquents que dans un environnement textile. Il est d'ailleurs reconnu que le naturisme, quand il est pratiqué dans le respect de sa définition officielle, fait montre d'une moralité qu'on ne rencontre plus guère.

Ensuite, et en règle générale, souvenons-nous que l'image des naturistes est très positive chez les textiles qui voient dans cette pratique une des nombreuses expressions de la liberté, de l'affranchissement des normes sociales et/ou cultuelles.
Et souvent, ceux qui n'osent pas franchir le pas sont, au fond d'eux-mêmes, un peu jaloux de ceux pour qui ça n'a pas posé le moindre problème. Derrière leur "Moi, je n'oserais jamais..." se cache sans doute souvent un "... mais qu'est-ce que j'aimerais oser !"

Enfin, et sans doute rejoindrons-nous le parallèle avec l'homosexualité évoquée au début de cet article : "Qu'est-ce qu'on le vit mieux quand on peut le vivre sans plus devoir s'en cacher !"

Édith O.
aka Benoit Collet, secrétaire de Natmur ASBL